Le projet d’avoir un enfant est porteur de nombreux désirs et attentes. Certains sont communs à la plupart d’entre nous : laisser une trace, transmettre des valeurs qui nous sont chères, donner un sens à notre passage sur terre. D’autres sont plus singuliers et souvent inconscients : réussir ce que nous n’avons pas accompli, faire mieux que nos parents, être reconnu … Autant de choses qui vont peser dans l’éducation que nous allons donner à nos enfants et peser lourdement aussi sur leurs épaules.

Que faisons-nous quand nous attribuons à nos enfants des qualités et surtout des défauts qui viennent de leurs aïeuls ? Parfois nous le faisons avec affection et fierté : qu’il est doux de se reconnaître dans son enfant, même pour y retrouver quelques travers …

Mais quelques fois, c’est aussi une manière d’expliquer ce que nous vivons comme un échec : « je n’arrive pas à le faire obéir, il est rebelle comme … » ou d’exprimer un désaccord avec un tiers : « ton fils est comme toi ». Dans ces derniers cas, l’enfant n’est plus au centre des préoccupations mais peut finir par être pris dans un jeu qui lui et nous échappe et devenir un instrument de notre frustration, de notre sentiment d’impuissance ou d’incompréhension. Dans ce cas, l’étiquette que nous lui collons nous sert plus qu’elle ne le sert.

Il ne s’agit pas d’atteindre la perfection ou de culpabiliser à outrance, simplement de prendre conscience de ce que nous faisons quand nous « étiquetons » nos enfants de nos qualités ou défauts. Que se passe-t-il dans leur tête ? « Je suis paresseux comme mon père… donc c’est normal que j’ai du mal à faire mes devoirs ». La tentation de se conformer à notre attente si négative soit-elle est alors d’autant plus forte qu’elle crée une alliance avec un des parents.

C’est également valable pour des qualités qu’on leur attribue : « c’est un enfant sage comme moi » « c’est un bon élève comme sa mère » : répétées (et donc entendues) régulièrement, ces compliments peuvent aussi être entendus comme un fardeau lourd à porter. Que va-t-il se passer si je ne les mérite plus ?

 lors comment faire ? faut-il renoncer à se comparer à nos enfants ? à reconnaître chez eux nos traits de caractère ? Certainement pas, il est important pour nos enfants aussi de sentir une affiliation avec nous. Cependant soyons vigilants de ne pas analyser tous les comportements avec nos propres filtres, à ne pas projeter notre mode de fonctionnement. Soyons plus souvent observateurs (et non juges) de nos enfants, ainsi nous pourrons apprendre à les connaitre et mieux interagir avec eux. Ouvrons un espace de liberté pour nous et nos enfants : celui de prendre le temps, avec nous, de devenir qui ils sont.