J’aimerai parler de l’hiver que nous pouvons connaître à l’intérieur de nous-même, quelle que soit la saison qui sévit à l’extérieur. En psychologie, dans la roue du changement de Gregory Hudson l’hiver est la période du « désengagement » et du questionnement, de l’introspection salutaire avant l’arrivée du printemps, symbole de renouveau. C’est un passage de vie peu apprécié : lent, souvent douloureux ou au moins confrontant, il est porteur de remises en questions et d’incertitudes sur l’avenir, toutes choses dont nous avons peur. La modernité nous a conduit à un sentiment plus fort de contrôle sur notre environnement, tout en nous exhortant à la réalisation de soi, ce qui nous amène à être plus exigeant vis-à-vis de nous-même. Tout cela à un rythme de plus en plus effréné. Alors, plus que jamais, nous appréhendons l’hiver et sa rigueur. Si bien que nous tentons de lui échapper, de le nier… En vain : on ne peut pas (ou pas longtemps) l'ignorer. Il faut le traverser pour se renouveler, être au plus proche de nos besoins et envies, de nous-même.

Il s’agit d’un deuil à faire de parties de nos vies qui ont été et ne seront plus, d’un nécessaire dépouillement des choses qui nous sont devenues néfastes ou ne peuvent simplement plus être, qui se fera avec ou sans nous et dont on ne peut choisir la durée. La seule solution pour le rendre plus confortable est paradoxalement d’accepter de « plonger ». La peur ou au moins la crainte ne manqueront pas d’être là. Mais nous avons aussi des compagnons de route : l’ouverture qui nous offre de nouvelles perspectives sur la situation, la patience, qu’il nous faudra peut-être apprendre, et aussi toutes celles et ceux que nous rencontrerons pour un bout de chemin.

Puis un jour, imperceptiblement revient la lumière : timide puis de plus en plus présente. Elle ne vient pas, ou pas tout de suite, de l’extérieur mais plutôt de l’intérieur. On se lève et on se sent un peu plus tranquille. Aujourd’hui, la situation nous semble un peu différente. Les premiers signes du dégel sont là. Il faut savoir les apprécier, s’en émerveiller car nous n’avons pas fini de cheminer. Mais la joie est là désormais : celle de sentir qu’un lendemain nouveau est possible même si ses contours sont encore flous.

Beaucoup d’entre nous n’osent pas regarder les choses en face ou avancer vers de nouveaux projets à cause de cet hiver qu’ils craignent trop rigoureux. Ce faisant ils peuvent se condamner à un automne sans fin, un hiver qui ne dit pas son nom. Il est vrai que nous ne sommes guère encouragés à l’effort et à l’introspection dans cette époque. Pourtant cela vaut la peine car nous en ressortons plus forts, prêts à aborder de nouvelles phases de notre vie, de nouveaux challenges et sans doute aussi d’autres hivers … mais n’est-ce pas là le sens de la vie ?

 

© Galyna Andrushko - Fotolia.com