Je ne vous contredirai pas sur ce point : le contrôle fait partie des responsabilités qui nous incombent parfois, autant sur le plan professionnel que personnel. Ce n’est pas de la nécessaire vérification/validation dont je vous parle mais d’une forme plus extrême qui me semble mériter d’être questionnée. Celle-là structure et organise tout le système familial ou professionnel, au point d’en rendre le fonctionnement difficile pour tous et emmène invariablement droit à l’épuisement professionnel ou chez le coach ou le psy.

Celui-ci est insidieux : souvent nous ne le reconnaissons pas pour ce qu’il est. Il se cache dans des gestes anodins : la vérification répétée qui pourrait s’apparenter à du perfectionnisme ou de l’étourderie, le besoin de ranger peut-être simplement dû à votre goût de l’ordre ? La surveillance des membres de la famille comme une bienveillante attention à leur égard ? Mais si nous y regardons de plus près, ce n’est pas toujours aussi simple. Ces attitudes révèlent parfois notre angoisse de la perte de pouvoir, un sentiment d’insécurité face à notre environnement.

De tout temps, nous avons ressenti de l’insécurité : elle est inscrite dans notre ADN. Le monde peut être dangereux et il faut s’en protéger parfois, tel est le message que nous recevons dès l’enfance à la première chute alors que nous apprenons à marcher. En grandissant, alors que notre cercle de maîtrise s’agrandit, d’autres peurs prendront le relais. On pourrait imaginer que nos sociétés occidentales nous amènent vers un monde de plus en plus sûr. Mais alors que les dangers objectifs  ont reculé pour les individus cette angoisse est toujours là voire de plus en plus présente.

J’y vois personnellement deux explications :

- Nous vivons une période de mutation où l’accélération des changements et des rythmes qui nous place dans une situation paradoxale de puissance et de vulnérabilité. Jamais nous n’avons été avantage maître de notre environnement …. Jamais il ne nous a autant échappé (et cela va continuer avec les effets de la pollution mais aussi la robotisation, l’usage étendu des nouvelles technologies …).

- Notre modèle de développement fondé sur la domination (de la nature par l’homme mais aussi de l’homme par l’homme) s’appuie largement sur le contrôle. Dans le schéma guerrier qui y prévaut, il faut nous assurer en permanence de garder le pouvoir.

Le contrôle est le calmant « naturel » de nos angoisses de perte de pouvoir. C’est pourquoi de plus en plus de personnes sont aux prises dans leur vie avec les difficultés qui découlent de ce besoin parfois maladif de contrôle.

Par ailleurs, par sa nature même, il est difficile de le lâcher : car contrôler moins c’est faire davantage face à l’angoisse, c’est accepter une part de son impuissance : un programme particulièrement mal vu dans une société malade de la performance.

Et pourtant, cette volonté de domination dont le contrôle n’est qu’un symptôme, loin de garantir notre sécurité, nous emmène sur des chemins dangereux. Elle nous plonge dans un monde où l’environnement est forcément menaçant, où il n’y a que des gagnants et des perdants, où nous la lutte est notre seule issue et donc notre défaite à long terme certaine.

Il est temps pour nous de prendre conscience que la domination et son corollaire le contrôle ne peuvent garantir notre sécurité pas plus que notre bonheur. D’autres voies sont plus prometteuses et doivent aujourd’hui être ouvertes de façon décisive. Parmi elles : l’acceptation de notre vulnérabilité d’être humain, la prise de conscience de la puissance créative du collectif et de la collaboration, la pensée positive. Là sont les vrais « armes » d’une bataille à mener avant tout contre une part de nous-même.

Nous avons le choix de continuer d’essayer de contrôler et dominer notre environnement ou celui de se rendre maître de nous-même. Comment ? En suivant le précepte de Socrate « Connais-toi toi-même et tu connaitras l’univers et les Dieux ».