A ces lectures, je me suis interrogée sur la notion de responsabilité des journalistes ou plus généralement des personnalités qui s’expriment devant un large public. Ce qui m’a gêné ?

L’image sous-entend que vivre c’est manger de la viande, boire et fumer ou en tout cas qu’il faut s’insurger contre l’interdiction qui nous est faite de profiter des « plaisirs de la vie ». Ce faisant, il me semble cependant que c’est surtout un mode de vie que nous plébiscitons : celui qui consiste à ne pas se préoccuper de ce qui est dans notre assiette, dans notre corps, à être de « bons consommateurs ». Plus que notre liberté, il me semble que nous défendons alors celles d’industriels à nous vendre des produits qui ne sont pas sans conséquences sur notre santé. Etre conscient(e) des risques de consommation d’alcool, de viande ou de cigarettes qu’on se le dise ce n’est pas vivre …

L’article, quant à lui, décrit certainement des mécanismes qui peuvent être à l’œuvre dans la politique de gestion des migrants en Europe … de là à nous assurer que le pire est certain et surtout à ne proposer aucune solution, il y a un pas qui fait le nid des opinions extrémistes. On pourrait y voir une invitation à supprimer le problème plus qu’à chercher des solutions.

Je ne dis pas et j’ose espérer que les auteurs ont souhaité nous inciter à devenir de bons consommateurs ou à adopter des postures extrêmes … mais le risque de l’interprétation est là. J’entends déjà ceux qui vont m’opposer la liberté d’expression. Je leur réponds qu’à toute liberté répond une responsabilité : être conscients des conséquences possibles de nos prises de position en est le fondement. Il me semble que l’on a pris l’habitude de proposer du « prêt à penser » à consommer sur place. Rares sont ceux qui nous invitent à une réflexion personnelle ou au moins nous propose des regards croisés sur les sujets. C’est au lecteur qu’il incombe de faire l’effort de se nourrir de différentes sources.

Au vu de la complexité actuelle du monde, je crois qu’il est dangereux de penser détenir la vérité. Nous avons tous davantage besoin d’être invités à réfléchir à nos actes, à leurs conséquences et à ce que nous souhaitons pour nous et pour le monde. Sortir de la passivité pour devenir plus acteur de la société.

Notre liberté de citoyen me parait être à ce prix : pas seulement celui de la liberté d’expression mais aussi de la liberté de réflexion. Sans doute les supports de presse devraient davantage se poser la question en ces termes s’ils ne souhaitent un jour voir écrit sur les murs de nos villes : l’info m’a tuer.