La sortie du documentaire « Demain » en est la preuve éclatante : il y a seulement quelques années, nous aurions peu ou pas parié sur le succès d’un film écologiste présentant des solutions qui nous engagent à l’action (plutôt qu’à la passivité). Or bien au contraire, son audience ne cesse d’augmenter. Nominé aux César, ce documentaire est en passe de devenir un des symboles du tournant de ce XXI ième siècle. D’autres phénomènes s’illustrent dans la même voie : ainsi l’initiative citoyenne laprimaire.org ( www.laprimaire.org ) qui propose aux citoyens d’organiser leur propre primaire pour prendre le pouvoir dans le domaine politique.

Leur message est clair : si nous voulons un avenir, il faudra le construire nous-même, ne plus compter seulement sur nos représentants.

Du coté des décideurs politiques ou des dirigeants, en revanche, le sentiment qui domine est l’impuissance : les recettes d’hier ne fonctionnent plus et on n’a pas encore trouvé celles de demain ou bien on ne veut pas y croire … on ne peut accepter que désormais il faudra partager les ressources, le pouvoir, que l’élite telle que nous la concevions est dépassée, que nos modèles le sont autant. Certains ont déjà commencé, avec courage, à remettre en cause leur fonctionnement ; d’autres sont encore paralysés par leur absence de vision et une poignée espère encore un miracle : le retour de la croissance et d’un capitalisme décomplexé.

Ce contexte nous amène à questionner beaucoup de choses : en premier lieu comment être armé pour faire face à ces nouvelles réalités ? Quelles sont les compétences requises ? Comment les acquérir ?

Chez les dirigeants, on encourage désormais l’intelligence émotionnelle, la créativité et la flexibilité. Des théories et formations émergent pour les développer chez eux. Parions que beaucoup sauront rebondir face à l’urgence.

Pour nos enfants, la question est plus complexe et l’exercice de l’orientation scolaire est devenu un casse-tête. Quels enseignements, quels cursus leur garantiront la sécurité financière ? La fameuse stabilité dont, en bons parents, nous rêvons pour eux ? Foison d’articles nous déclarent que la plupart des métiers de demain n’existent pas. Hélas il n’y a pas de formations pour « le métier qui n’existe pas encore ». Devons-nous tous devenir développeurs informatiques ? Même si nous le pensions ce ne serait pas à la portée de tout le monde. Alors que faire ?

Il me semble que pour faire face à un changement majeur de l’environnement, personnes et organisations n’ont pas d’autre choix que de se centrer sur leurs valeurs et motivations. Si les repères sont instables à l’extérieur, il nous faut les trouver à l’intérieur. Pour nos jeunes adultes en recherche d’une situation professionnelle, il faut surtout à renoncer à l’idée d’une « situation » stable et privilégier la notion de parcours (voire chemin) professionnel. La nuance peut paraitre subtile mais elle fait la différence entre une voie établie et une autre à construire. Plus que jamais, il conviendra de s’adapter au contexte et au marché (… ou parfois d’aller chercher ceux qui nous conviennent) et donc pouvoir compter sur des ressources et une motivation solides. Car si je n’aime pas ce que je fais où vais-je trouver la force de me remettre en question, de m’adapter ?

Tout cela converge vers la nécessité de cultiver ses talents plutôt que chercher une formation qui offre de « bons débouchés ». Cette attitude qui a été privilégié par les ainés, n’est plus d’actualité. Et si l’intention des parents est louable quand ils incitent leurs enfants à choisir une voie qui leur semble apporter plus de sécurité, cette approche est au contraire risquée. Il est préférable d’accompagner nos enfants dans la découverte de leurs talents et aspirations, ils en auront besoin pour trouver ou se faire une place. Notre rôle est de les encourager à croire en eux et dans un avenir certes incertain mais où tout est à construire. Essayons de ne pas projeter nos peurs sur cette nouvelle génération qui aura besoin de toute son énergie pour créer un nouveau monde. Rêvons plutôt avec eux qu’il peut être meilleur.