En premier lieu, l’évidence de l’échec de l’exercice de l’autorité dans plusieurs domaines : celui de l’entreprise, des Institutions mais aussi de la famille. On stigmatise, à ce titre, souvent la jeune génération qui rechigne à s’y soumettre. Sans doute est-ce plus simple de trouver un coupable de cette situation de crise. Car cette attitude est un symptôme plus qu’une cause de la situation actuelle. Si les jeunes et moins jeunes n’acceptent plus l’autorité comme auparavant, cela signale davantage l’inadaptation de l’autorité au monde d’aujourd’hui que celles des jeunes à la société. Car ne l’oublions pas : l’homme s’adapte à son environnement à toute époque. De tout temps on a regardé les nouvelles générations comme des barbares ne respectant rien. J’imagine déjà certains s’irriter : « encore une communiste (ou pire anarchiste) qui parle». Je vais les décevoir car en réalité je crois à l’Autorité mais encore faut-il que nous parlions de la même.

Quand on parle de déclin de l’autorité, on évoque plus surement l’échec de nos institutions à continuer d’exercer un pouvoir hiérarchique, descendant, fondé sur les règles et (surtout ?) un statut social. Si la famille, l’école, l’Etat, les entreprises ne parviennent plus à exercer l’autorité sur les enfants, les élèves, les électeurs, les collaborateurs c’est sans doute que celle-là n’est plus légitime. Car l’être humain a besoin d’autorité pour se développer et s’épanouir. D’ailleurs Autorité vient du latin Auctoritas dérivé de augere : qui signifie augmenter. L’autorité est la capacité d’augmenter, de faire grandir.

Nos institutions, ceux qui représentent et exercent l’autorité nous font-elles encore grandir ?  Il me semble que la crise n’est pas dans l’autorité elle-même mais dans une certaine façon de l’exercer qui s’est éloignée de l’essentiel. N’y a-t-il pas eu une confusion entre autorité et pouvoir. Certes l’autorité donne un pouvoir à celui qui l’exerce mais celui-ci n’a de légitimité que s’il remplit sa mission de faire grandir. Aujourd’hui ceux qui se plaignent de son déclin sont souvent dépités de la perte du pouvoir et impatients de la recouvrer au prétexte de détenir l'autorité.

Mais l’autorité, elle, n’est pas affaiblie. Elle démontre sa vitalité sous d’autres formes. Celles d'une autorité qui peut se passer du carcan de la pyramide hiérarchique et des règles figées, qui s’épanouit dans un monde plus ouvert et flexible, qui s’incarne momentanément en une personne parce qu’elle détient la compétence et/ou la légitimité à cet instant, qui peut être partagée entre plusieurs … qui répond mieux à la complexité du monde d’aujourd’hui. « Autres temps autres mœurs », il nous faut accepter de renoncer aux moyens passés d’exercer notre autorité et accueillir de nouvelles manières de faire.

Cela n’est pas facile de renoncer aux privilèges de l’autorité permanente accordée par le statut, d’apprendre à partager le pouvoir … mais quel plaisir de s’orienter dans ce nouveau monde où l’autorité se fonde sur la compétence et se partage, nous permettant de prendre de meilleures décisions, de ne plus se soumettre à l’arbitraire de la décision d’un seul élu à un instant t, compétent parfois mais pas toujours.

Je rejoins le Club de ceux qui se réjouissent de retrouver le pouvoir et la responsabilité individuelle et collective grâce à l’autorité « nouvelle » et je nous espère de plus en plus nombreux pour faire face aux défis de ce nouveau monde.

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