Je suis au regret de vous annoncer, si vous ne le saviez pas, qu’aucun d’entre nous n’est normal. L’individu de taille et poids moyen avec une intelligence moyenne, des performances professionnelles moyennes etc … n’existe pas. Nous sommes tous dans un ou plusieurs domaines a-normaux. Quelle tristesse ? ou quel bonheur car dans la galerie des anormaux on trouve Mozart, Einstein, Léonard de Vinci et bien d’autres. Pourtant la plupart d’entre nous cherche à se rassurer, à se positionner par rapport à cette normalité. Même le sur-doué qu’on pourrait envier recherche cette apaisante normalité. Est-ce parce qu’être différent des autres est un problème en soi ? Pas toujours et même la plupart du temps, pas du tout car le problème est dans le regard des autres.

Il l’est aujourd’hui plus que jamais : à l’école, au travail, dans les activités sportives et même nos loisirs nous sommes évalués, jaugés, classés. Combien d’enfants vont à l’école la boule au ventre parce qu’ils ont peur des évaluations, et ce dès le primaire ? combien de professionnels sont déstabilisés par la peur d’être jugés ? combien d’entre nous ne se lancent pas dans une nouvelle activité professionnelle, sportive ou même de loisirs parce qu’ils ont peur d’être nuls ? Trop.

La normalité loin de nous aider à comprendre l’humain et lui donner les moyens de réussir à la hauteur de son potentiel est devenue une barrière à l’épanouissement de beaucoup d’entre nous. D’abord de ceux qui doutent de la leur, ensuite de ceux qui en sont exclus et enfin de ceux qui aiment des personnes anormales. Je vais parler de cette dernière catégorie qui me concerne.

Je suis la maman d’une petite fille de 9 ans porteuse d’un handicap. Je me suis débattue pendant des années pour obtenir une prise en charge adaptée, pour trouver des professionnels compétents et humains, pour que ma famille ne vole pas en éclats … mais la plus grosse bataille que j’ai du livrer est celle d’accepter l’anormalité de ma fille et avec elle celle de notre vie de famille, de ma vie de femme et de mère … Et j’ai gagné. Comment ai-je réussi cet exploit ? Non je n’ai pas réussi à convaincre le monde entier de porter un regard positif sur la différence, je n’ai pas non plus éliminé tous ceux qui me jettaient un regard réprobateur (quoique l’envie ne n’en ait pas manqué parfois). Simplement, j’ai arrêté de comparer ma fille aux autres enfants, d’essayer à toute force de la faire rentrer dans un système qui ne voulait pas d’elle et surtout n’était pas capable de lui offrir ce dont elle avait besoin, j’ai cessé d’accorder de l’importance au regard des autres, sans pour autant les diaboliser. Et un miracle s’est produit : je me suis sentie libre et heureuse. Libre d’aimer une enfant « dysfonctionnelle » qui ne communique pas bien, n’est pas autonome, ne respecte pas les règles de bienséance, vit dans un autre monde où nous pouvons la rejoindre parfois. Car ma fille est un professeur de liberté avec une spécialité retour à l’essentiel. De cette expérience, et de celles d’autres parents dans ma situation, je suis en train d’écrire un ouvrage dont j’espère qu’il sera utile à d’autres familles. Mais il me semble que ce message peut s’adresser à tous au-delà du handicap.

En cette rentrée propice aux retours des règles, des évaluations et des jugements, j’aimerai rappeler que nous sommes tous acteurs de cette emprise de la normalité dans nos vies et qu’il est en notre pouvoir de changer cela. Ouvrons nos esprits et nos cœurs pour déposer le fardeau de la normalité et vivre tout simplement.