Nous sommes tous conditionnés par notre sexe, notre culture, notre éducation et nos expériences et, sans doute, encore par bien d’autres choses plus subtiles. Il ne peut en être autrement car l’humain est un être social qui se définit par rapport aux autres, qui doit aussi s’adapter en permanence pour survivre et grandir. Par nature, aussi, nous en sommes peu conscients : nous pensons être pleinement auteur de notre vie, propriétaire de nos pensées et de nos actes (sauf quand nous préférons le statut de victime …). Nous avons, pour la plupart, besoin de nous concevoir libre de choisir, de vivre la vie qui nous convient. A côté de cela nous n’avons de cesse de nous conformer à ce qui nous est demandé pour être accepté, reconnu, aimé. La difficulté de la condition humaine pourrait se résumer à trouver une voie moyenne qui compose liberté et amour. Etre libre et être aimé pour devenir soi …

Sortir de nos conditionnements, "dé-croire" comme le dit joliment un de mes lecteurs, est la condition de notre liberté.

Mais ce chemin est difficile à prendre car il faut le chercher et , même, parfois le créer dans la jungle des multiples injonctions ("sois gentil", "sois parfait", "sois le meilleur", ...) et conditionnements qui nous encerclent.

Il faut apprendre à décroire avec discernement, volonté et patience.

Discerner c’est porter un nouveau regard sur notre existence : accepter que tout n’a pas été parfait, que ce qui a déjà fait mal à l’enfant continue de faire souffrir l’adulte, prendre conscience de tous les choix que nous n’avons pas pu faire car ils nous étaient interdits par les autres … puis par nous-même. Quelle rage de voir que nous avons été victime … et que nous sommes aussi notre propre bourreau en perpétuant ce qui n’a plus lieu d’être. C’est l’une des principales barrières qui nous limite : accepter de passer du statut de victime à celui de responsable. Pas facile de se penser partie prenante de ce qui nous fait souffrir aujourd’hui. La culpabilité nous barre la route si nous ne savons pas la mettre à la bonne place. Efficace si elle nous aide à  nous remettre en question, elle devient nocive si elle nous paralyse. A nous de savoir l’ajuster.

Il faudra faire preuve aussi de volonté, car si nous pouvons être aidé.e dans la prise de conscience de ce qui pose problème, personne ne peut à notre place avoir la motivation de changer. Ces conditionnements dont nous voulons nous éloigner, voire auquel nous souhaitons nous arracher, nous ont été bien utiles et qu’est-ce qui va donc les remplacer ? Avant de nous faire souffrir ils nous ont mis en sécurité, nous ont permis d’être accepté.e, peut-être même aimé.e. En sortir c’est s’aventurer dans une terre inconnue où nous avons toute responsabilité de nos choix.

Pourtant nous entrevoyons avec délice la vie qui sera la nôtre quand nous aurons trouvé cette voie du milieu qui ménage une place à l’amour (de soi et des autres) et à la liberté. Une des clés se trouve effectivement dans notre imagination : le pouvoir de visualiser l’avenir, de le rêver meilleur, de croire en sa possibilité. Au début est le rêve … Il faut le porter en nous chaque jour comme un enfant à naître … et avoir ensuite la patience d’une parturiente.

C’est aujourd’hui en notre sein et dans nos pensées et nos actes que se construit notre avenir. Pensons-y alors que l’automne nous fait glisser lentement vers l’hiver. Il est un temps où les graines sont profondément enfouies sous la terre : elles n’ont pas disparues mais attendent le moment opportun pour se manifester. Ce temps-là aussi fait partie du processus de changement.

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