Cela est fréquent dans le cadre des relations humaines : alors que j’ai le sentiment de bien communiquer ce que j’ai à dire, d’agir selon les règles établies et d’être clair(e) dans mes demandes et mes attentes, je ne suis pas compris(e) de l’autre. La persévérance et toutes les tentatives de  fonctionner différemment semble vouées à l’échec. L’autre est-il sourd ou de mauvaise foi ou bien est-ce moi ?

Ni l’un ni l’autre. Simplement nous ne sommes pas (encore) entrés en relation. Chacun est resté dans son monde, sourd en ce sens à celui de l’autre et partisan de sa propre « foi ». Les hommes et les organisations sont aussi des territoires qu’il faut aborder en prenant conscience de leurs frontières, de leurs rites et croyances et même de leur langage. Parfois les territoires sont voisins, les coutumes proches et les efforts à fournir sont moindres. D’autres fois, l’écart est plus grand. Nos valeurs et rituels différent tant qu’un temps d’adaptation est nécessaire. Il faut alors prendre sa casquette d'anthropologue et aller à la rencontre de nos papous, ces êtres étranges et lointains.

Avec un regard décentré, je peux alors découvrir par exemple que si "dans mon pays" on se dit les choses sans fard avec des arguments logiques et la recherche d’une certaine objectivité, chez les Autres (« mes papous »), maintes circonvolutions et preuves d’intérêt sont nécessaires pour en arriver à se dire les choses. Pour les personnes comme pour les groupes : il y a ceux qui font du bruit et les silencieux, ceux qui sont fusionnels et d'autres  plus individualistes et entre ceux-là toute une palette de possibilités encore. Autant de différences qui sont source de richesses autant que d'incompréhensions.

Que faire pour élargir notre cercle de vision, limiter nos angles morts ?

Tout d’abord renoncer à une vision périphérique parfaite : notre personnalité, notre histoire et notre culture nous façonnent et nous « condamnent » à une vision spécifique du monde. Cette "clôture" de notre espace personnel est indispensable à notre construction. Sans ces repères nous ne sommes pas en mesure d'exister par nous-même et de nous développer de façon autonome et saine. Quel plaisir d’ailleurs que cette spécificité qui nous rend singulier …

Ensuite si nous voulons être plus efficace et plus heureux dans nos interactions, aborder la rencontre avec les personnes et les organisations comme un voyage. Prendre connaissance des us et coutumes, être d’abord à l’écoute de la terre d’accueil plutôt que tenter de la coloniser. Enfin, sur la base de nos observations et de notre connaissance de la culture de l'autre, adopter une posture qui permettra le dialogue et ouvrira, qui sait ?, une voie pour le changement …

* Photo de Angela Sevin