La demande de réunion envoyée par mail et transférée à moultes participants non prévus initialement (de sorte que la salle sera trop petite), commence avec un quart d’heure de retard  et ce malgré l’alerte joviale des PCs (souvent relayée par les smartphone), en général 15 minutes avant. Il y a des choses que la technologie ne peut pas changer …

Dans la salle, une partie des participants est cachée derrière son PC répondant plus ou moins ostensiblement à leur mail ou navigant sur le web, d'autres jettent des coups d’œil à leur smartphone ou textotent. Seuls l'animateur et les quelques "résistants au progrès" s'en tiennent à l'attitude conventionnelle de discussion en face à face sans moyens informatiques.

On arrive ainsi au paradoxe de l’outil de communication qui appauvrit la communication :

Comment entrer en relation avec une personne retranchée derrière son PC tel un enfant, accroché à la jambe de sa mère, détournant son regard à notre approche ?

Comment être vraiment à l’écoute et présent à l’autre quand on tient entre ses mains un smartphone hyperconnecté ?

Comment rester attentif quand la plupart des participants ne sont pas vraiment présents ?

En rester à ces questions donnerait un image réductrice de la réalité : celle de collaborateurs incapables de résister à la tentation de l'informatique. En fait, ces questions en rejoignent d’autres qui les expliquent peut-être en partie :

Comment conserver attention et efficacité pendant des réunions fleuves de plusieurs heures sans pause, alors que l’on sait qu’une personne en bonne santé ne peut maintenir son attention plus de 45 minutes ?

Comment rester motivé(e) quand il n’y a pas ou peu d’objectif partagé ou de motivation commune ?

Comment maintenir une attention de qualité quand on passe de réunions en réunions ?

Ces constats devraient nous amener à revoir complètement nos pratiques et interroger nos modes de partage d’information et de décision.

Certaines entreprises ont mis en place des mesures drastiques pour contrer l’usage excessif des outils informatiques. Il me semble qu’en se limitant à cela, on peut en arriver à déresponsabiliser les collaborateurs. Dans la batterie des mesures à mettre en œuvre pour revenir à une communication plus saine et plus efficace, sans doute faut-il interroger plus largement la place faite et les méthodes de communication et de décision et permettre à chacun de remettre en question sa posture sans culpabilité mais avec responsabilité.

Qui plus est, nous serons ainsi plus crédibles face à la nouvelle génération. Car notre critique de leurs comportements d’addiction face aux outils informatiques est facile quand nous tombons nous-mêmes si facilement dans les pièges de l’hyperconnectivité. « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Cette dissociation n’échappe pas à nos enfants en demande légitime d’exemplarité de leurs parents.

Un beau projet de réforme pour la rentrée ?