Il y échappe d’autant plus que nous souhaitons l’emprisonner, le maîtriser. Que faisons-nous en effet d’autre quand nous essayons de gagner du temps, que de perdre le temps  de maintenant : l’instant présent. Nous le soupesons, le comparons  au lieu de le gouter, de le déguster pleinement. Même quand nous disons prendre notre temps, savons-nous nous abandonner à ce temps du rien ou du partage ? Pouvons-nous détacher notre pensée du temps qui passe, oublier la montre.

Et même si nous avons parfois l’illusion de gagner du temps : à quoi utilisons-nous ce gain réalisé ? à poursuivre notre course vers un avenir que nous n’avons pas pris le temps de rêver, ni souhaiter ou construire, car nous n’ « avons » pas le temps.

Les français passent en moyenne 3heures par jour devant la télévision et autant sur Internet. Combien de temps passent-ils à être simplement présent à l’instant qui se présente, dans la contemplation ou la rêverie, présent à eux-mêmes autant qu’au monde extérieur ? Les enquêtes ne le disent pas.

Nous ne gagnerons pas cette course contre le temps parce qu’il n’y a rien à gagner et tout à perdre à  ne pas simplement s’inscrire dans le temps qui passe. S’y inscrire c’est accepter le rythme de la nature, qui est le nôtre aussi. Celui des saisons, des temps d’éveil et de sommeil, du cycle de la vie, du changement …

Le paradoxe est qu’il n’y rien de plus simple à faire que s’écouter. Notre corps sait quand nous sommes fatigués ou au contraire bien éveillé, quand nous avons besoin de ralentir ou accélérer … mais nous ne savons plus l’écouter. D’autres voix plus assourdissantes nous entrainent dans une improductive course contre nous-même.

Au moment où j’écris, je pense à cette chanson de France Gall, populaire autant que pleine de bon sens : « débranche tout, revenons à nous ». Elle parle du couple mais cela s’applique aussi bien à chacun d’entre nous. Peut-être est-il temps pour nous d’apprendre à savourer le temps plutôt que le dompter et pour cela s’emplir de lui : ses bruits ou ses silences, son spectacle, sa luminosité ou son obscurité, sa saveur … Certains me diront je n’ai pas le temps. Ils ont raison on ne peut pas « avoir le temps » seulement « être » dans le temps. 

« Trouver le temps d’être dans l’instant » : c’est peut-être de cela qu’il faut s’inquiéter aujourd’hui.